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Nutrition

14 juin 2016

Chocolat et santé en clinique

J.-L. SCHLIENGER, Professeur honoraire, Faculté de médecine de Strasbourg

L’intérêt médical suscité depuis quelque temps par le chocolat tient à ses multiples composants dont beaucoup peuvent prétendre avoir des actions thérapeutiques ou préventives.

Le cacao du chocolat contient des substances azotées et des lipides principalement sous forme de beurre de cacao. Ce dernier est composé d’acide oléique (33 %) qui a un effet favorable sur les lipides sanguins, et de graisses saturées, dont l’acide stéarique (33 %) qui a un effet neutre sur le profil lipidique. Les substances azotées comprennent des protéines et des méthylxanthines (théobromine, caféine) ayant des effets stimulants centraux, diurétiques et relaxants des muscles lisses. La teneur en antioxydants est élevée (flavonoïdes, épicatéchine, catéchine et procyanidine). La teneur en minéraux est intéressante : potassium, phosphore, magnésium, zinc, cuivre. Enfin, le chocolat contient des amines biogènes psychoactives telles que la sérotonine, la dopamine et d’autres substances amphétamine-like impliquées dans la régulation alimentaire et psychosensorielle. Des composés alcaloïdes neuro actifs (bêtacarboline) voisinent avec des substances cannabinoïdes-like, vecteurs de la sensation de plaisir. Il n’est pas exclu que ce soit l’assemblage de l’ensemble qui confère au chocolat l’essentiel de ses vertus à condition de faire fi de sa richesse énergétique (550 kcal/100 g). Le chocolat : un auxiliaire thérapeutique ? Des vertus thérapeutiques ont été attribuées au chocolat depuis des siècles. Récemment, c’est l’observation des Indiens de la tribu Kuna vivant sur les îles San Blas au large du Panama, grands consommateurs de boisson cacaotée qui a donné du corps à l’effet « santé » du chocolat. En effet, cette tribu se singularise par une protection relative vis-à-vis de l’athérosclérose, du diabète de type 2 et de l’hypertension artérielle. Cette protection disparaît après la migration des Kuna vers des zones urbaines et l’abandon du breuvage ancestral. Depuis, d’autres études épidémiologiques et plusieurs études menées suivant les règles de la médecine expérimentale ou factuelle ont conforté les potentialités thérapeutiques ou préventives du chocolat dans les domaines cardiovasculaire, métabolique et neuropsychiatrique. Acteur de la prévention cardio-métabolique   Morbi-mortalité cardio-cérébrale Depuis quelques années, de nombreuses études observationnelles ont suggéré l’existence d’un effet protecteur du chocolat vis-à-vis des maladies cardio- et cérébrovasculaires. Plusieurs métaanalyses ont montré l’existence d’une relation inverse entre la consommation de chocolat et le risque cardiovasculaire. La comparaison des faibles consommateurs de chocolat aux forts consommateurs a mis en évidence une tendance à la diminution du risque d’événements cardiaques de 25 % et d’accident vasculaire cérébral de 19 %. Il existait de plus une tendance à la réduction de la mortalité globale chez les forts consommateurs. Cet effet bénéfique semble dosedépendant, les accidents cardiaques et cérébraux diminuant respectivement de 30 % et de 10 % pour chaque augmentation de consommation de 5 g/j de chocolat. Après ajustement, la consommation de chocolat apparaît comme un facteur protecteur indépendant(1). Dans une cohorte, la consommation d’un carré de chocolat noir par jour a réduit de 39 % le risque d’infarctus du myocarde et d’AVC(2). Dans une autre cohorte de femmes d’âge moyen ou mûr, celles qui mangent un à deux carrés de chocolat noir par semaine ont 32 % moins de risque de développer une insuffisance cardiaque. Hypertension artérielle L’impact de la consommation de produits chocolatés riches en flavonoïdes (chocolat noir) a été évalué par plusieurs métaanalyses(3). Il existe une diminution modeste mais significative de la pression artérielle, y compris chez les sujets modérément hypertendus. L’effet hypotenseur est plus net lorsque l’essai est de durée brève et s’expliquerait par une amélioration de la fonction endothéliale et de la biodisponibilité du NO. Il existerait de surcroît une action cardio protectrice de l’épicatéchine, polyphénol capable de réduire la taille d’un infarctus expérimental chez le rat. Les actions antiathérogènes attribuées aux polyphénols du cacao sont nombreuses. Citons en vrac l’inhibition de l’oxydation des LDL qui réduit le pouvoir athérogène du cholestérol-LDL, l’effet vasodilatateur endothéliumdépendant, la libération de prostacyclines (puissants vasodilatateurs), la diminution de la synthèse des leucotriènes vasoconstricteurs et la diminution de la production des cytokines impliquées dans l’inflammation à l’origine de l’instabilité des plaques d’athérome(4). Plusieurs protocoles expérimentaux ont démontré un puissant effet antiagrégant du chocolat, comparable à celui obtenu par la prise de 100 mg d’aspirine et persistant pendant 6 heures. Il est attribué à une inhibition de l’expression de la glycoprotéine plaquettaire IIb, IIIa(5) mais n’a pas trouvé d’application en clinique. La consommation de chocolat noir modifie favorablement le profil lipidique. Une métaanalyse fait état d’une diminution du cholestérol total et LDL sans modification du cholestérol HDL ou des triglycérides(6). Effet métabolique L’intérêt porté au chocolat tient à son pouvoir antioxydant médié par les polyphénols et à un effet favorable sur l’insulinorésistance. Son administration entraîne une amélioration de la sensibilité à l’insuline chez des sujets sains et chez les sujets intolérants au glucose(7,8). Une amélioration de la fonction cellulaire β a également été rapportée chez des sujets hypertendus, ayant une intolérance au glucose. Cette amélioration de l’insulinosensibilité contribue au potentiel antiathérogène et peut prévenir le diabète de type 2. Le chocolat noir a été proposé dans le syndrome métabolique pour prévenir la morbidité cardiovasculaire(9). Effet sur le poids Les relations entre poids et chocolat sont complexes. Dans une étude randomisée chez le rat, une alimentation isocalorique enrichie en cacao est associée à une diminution du poids et du tissu adipeux. Plusieurs études transversales ont montré que l’indice de corpulence des consommateurs réguliers de chocolat était inférieur à celui des non-consommateurs mais selon une étude d’intervention, la prise de poids est bien dose-dépendante(10). Cette accumulation de bienfaits ne suffit pas à faire du chocolat noir un partenaire de la pharmacopée du cardiologue, mais incite à une grande tolérance quant à sa consommation à condition de ne pas perdre de vue sa haute densité énergétique. Il mérite d’intégrer le petit peloton des aliments cardioprotecteurs au même titre que les fruits et les légumes, le poisson, le thé vert et... l’alcool. La consommation quotidienne de chocolat noir à la « dose » de 7,5 à 10 g/j serait suffisante. Des effets neuropsychiques incertains Les propriétés psychoactives présumées du chocolat sont imputées à ses bioamines susceptibles d’intervenir avec les neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine, endorphines). Un effet antistress a été confirmé par une étude suisse chez des sujets ayant un profil hyper-anxieux ; une amélioration des performances cognitives et une augmentation du débit cérébral visualisé à l’IRM fonctionnelle ont été rapportées dans plusieurs études. La plupart des études montrent que la consommation de flavonoïdes améliore la mémoire et les capacités intellectuelles(11). Quant aux effets tonifiants ou antidépresseurs qui font une part de la réputation du chocolat, leur réalité est bien difficile à démontrer par des études contrôlées. Quoi qu’il en soit, les amines du chocolat pourraient expliquer son pouvoir addictif bien qu’aucun syndrome de sevrage n’ait été décrit(12). Le chocolat a un vraisemblable potentiel neuroprotecteur lié aux flavonoïdes(13). Les effets psychiques du chocolat seraient plutôt d’ordre sensoriel. Ce qui est exquis apporte satisfaction et détente sans qu’il faille justifier cette action par des substances psychoactives dont la teneur est probablement insuffisante pour avoir un effet pharmacologique. L’oralité consolatoire permet d’estomper les méfaits du stress. Particularités chez la femme Dans une étude de cohorte, l’incidence de l’hypertension gravidique et de la prééclampsie est moins élevée chez les consommatrices régulières de chocolat au cours de la grossesse(14), mais une étude randomisée comparant l’administration de 20 g/j de chocolat au cours de la grossesse ne met en évidence ni effet sur la pression artérielle ni modification de la fonction endothéliale(15). Une relation inverse entre la consommation de chocolat et la densité et la solidité osseuses a été rapportée chez la femme âgée. Autres effets Comme on ne prête qu’aux riches, d’autres applications cliniques possibles sont en cours d’investigation. Un régime riche en cacao semble à même d’améliorer l’immunocompétence innée et acquise. Le chocolat noir semble également avoir un pouvoir anti-inflammatoire intéressant dans la prévention des maladies chroniques(16) et pourrait même intervenir dans la carcinogenèse colique(17). Conclusion Le chocolat noir constitue un auxiliaire de prévention cardio-métabolique conforté par de nombreuses études. Il apporte plaisir et réconfort mais ne peut prétendre être un psychotrope. Sa consommation peut être recommandée à condition de ne pas tomber dans le psychodrame des excès, de la dépendance et de la transgression, tout en se souvenant que le chocolat est un vecteur énergétique et de sucre. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a accordé une allégation de la firme Barry Callebaut sur leur chocolat noir : « Les flavonols de cacao aident à préserver l’élasticité des vaisseaux sanguins, ce qui contribue à une circulation normale », mais a refusé les allégations concernant les effets antioxydants et antivieillissement, l’amélioration de l’humeur et l’aide à l’amaigrissement(18).    Lien d’intérêts : l’auteur est un collaborateur occasionnel de la lettre Santé & Chocolat.

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