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Editorial

Publié le 30 avr 2022Lecture 3 min

L’exposome, une nouvelle approche de la prévention du diabète

Jean-Louis SCHLIENGER, Faculté de médecine, université de Strasbourg

Les deux premières décennies de ce siècle ont réservé quelques belles surprises thérapeutiques en proposant une farandole de molécules antidiabétiques — gliptines, agonistes du GLP-1, gliflozines et doubles agonistes du GLP-1 et du GIP — et plusieurs insulines « augmentées ».

Il y a tout lieu de s’en féliciter mais traiter n’est ni prévenir ni guérir ! Or la maison brûle. La prévalence du diabète ne cesse d’augmenter et le terme de pandémie, tellement à la mode par les temps qui courent, est loin d’être galvaudé puisque les prévisionnistes annoncent plus de 640 millions de sujets diabétiques en 2040. La « juste » attitude est de tenter d’endiguer cette déferlante en s’attaquant à ses causes. Il y a bien sûr le vieillissement de la population contre lequel on ne peut rien, mais il y a aussi des facteurs modifiables bien connus comme le surpoids ou l’obésité et le mode de vie. Les grands essais de prévention ont démontré que la modification thérapeutique du mode de vie parvient à réduire de près de 50 % la survenue du diabète dans les populations à haut risque mais la transposition de ces mesures dans la vraie vie s’avère bien décevante à moyen terme. Cela est dû au fait que la plupart des mesures mises en œuvre s’appuient sur les capacités cognitives et la motivation intrinsèque de la population-cible et négligent l’environnement et le cadre de vie. Le génome, l’épigénome et le microbiome ont été convoqués pour expliquer l’origine de DT2 sans perdre de vue que l’ensemble était en permanente interaction avec les innombrables facteurs d’exposition auxquels sont soumis un individu tout au long de sa vie, de la conception à l’aboutissement ultime. Le concept d’exposome, formalisé il y a une quinzaine d’années, regroupe l’ensemble des expositions provenant de diverses sources externes et internes. Il englobe à la fois les agents les plus triviaux de la pollution environnementale sous tous ses aspects — chimiques, biologiques, rayonnements — et les « composantes psycho-sociales » regroupant l’impact des relations sociales et du statut socio-économique sur la santé. Il s’agit là d’une approche plus subtile que celle de l’épidémiologie environnementale conventionnelle qui se contentait de prendre en compte la mortalité, l’exacerbation des maladies ou les hospitalisations. Le concept d’exposome utilise des techniques « -omiques » pour comprendre la réponse des biomarqueurs internes aux expositions et permettre une analyse de causalité entre un agent externe et une maladie chronique en évitant nombre de chausse-trappes comme les facteurs de confusion ou la causalité inverse et enpermettant de mieux appréhender la problématique de l’influence des relations sociales sur les modifications d’un individu à l’échelle moléculaire. Les objectifs de l’étude de l’exposome sont ambitieux et proches de la vraie vie : évaluation de l’effet du stress chronique sous toutes ses for- mes psycho-sociales ou physico-chimiques, impact de l’espace de vie et de travail dans toutes ses dimensions, capacité de l’organisme à lutter contre son « usure »... Les modèles d’exposome sont plus pertinents pour comprendre l’effet global d’expositions multiples et complexes que l’épidémiologie qui est démunie face à la complexité et l’intrication des facteurs de l’environnement pour préciser l’empreinte des éléments biographiques sur la biologie et la transition vers une maladie. L’exposome renforce l’idée d’une transition de la biographie à la biologie, dans la mesure où la maladie de chacun est le produit de l’histoire individuelle des expositions, ajoutée à leurs susceptibilités génétiques sous-jacentes. Le recours aux technologies à haute résolution et à haut débit explorant plusieurs-omiques (transcriptomique, protéomique et métabolomique) et la mise au point de nouveaux outils comme l’adductomique qui étudie les profils en adduits à l’ADN comme biomarqueurs potentiels, offre d’extraordinaires perspectives pour comprendre l’impact de l’environnement au sens le plus large du terme sur les maladies chroniques comme l’obésité ou le diabète. Cette approche quelque peu révolutionnaire suppose la réalisation de grandes études de cohorte fondées sur le recueil de données sociales et la collecte de données biologiques spécifiques. Le monde de l’exposome qui prend en compte l’impalpable est appelé à se développer. Il semble capable de combler les lacunes de nos connaissances quant au véritable impact de l’environnement sur le développement des maladies chroniques. Dans un futur que l’on espère proche, l’exposome sera assurément un auxiliaire précieux pour l’élaboration d’une politique de prévention mieux argumentée et plus ciblée du DT2.

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